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Chroniques de Gilbert Amary

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Vingt et un
Pourquoi faire simple ...?
Plus qu'on en a... plus qu'on en veut...
Voyage sans retour
"La mort aux trousses"
"La Terre"
L'enfant trouvé
La faute à qui? la faute au Laki
Le Prussien
Un barrage sur l'Aigre
La milice à Romilly
 

Vingt et un

Vingt et un, c’est le nombre de maires qui se sont succédé à la tête de la commune de Romilly depuis 224 ans. C'est-à-dire depuis la promulgation de la 1ère République en 1792.

Malgré les changements successifs de régime, malgré une tutelle plus ou moins pesante du pouvoir central (la décentralisation ne date que de 1981), il s’est toujours trouvé quelqu’un pour assumer la responsabilité de maire.

Pour certains, ce fut dans des conditions dramatiques (pensons à 1870 et aux deux guerres mondiales).

Deux sont décédés en cours de mandat : Jean Païsan en 1811 et Roger Bellon en 1974.

Deux autres ont démissionné : Désiré Corneau en 1921 et Pierre Chesnel en 1987.

Pierre Daguet l’a été le moins longtemps : un an. La chute du Second Empire a été fatale à son mandat.

Les membres de la famille Tarragon, en plusieurs épisodes, ont régné sur la commune pendant 84 ans.
Voici la liste complète de ces vingt et un maires.

 

MAUGER

Pierre

1792  1799

élu

PAÏSAN

Jean

1799  1811

nommé par le préfet

RICOIS

Louis-Sébastien

1811  1816

nommé par le préfet

GUERINEAU de LAMERIE

Jean-Pierre

1816  1824

nommé par le préfet

GOISLARD de VILLEBRESME

Frédéric

1824  1830

nommé par le préfet

HUCHET

François

1830  1835

nommé par le préfet

MAUGER

Pierre-Etienne

1835  1837

nommé par le préfet

GOUIN

Jean-Louis

1837  1843

nommé par le préfet

de TARRAGON

Armand

1843  1848

nommé par le préfet

de TARRAGON

Armand

1848  1853

élu

GOUIN

Jean-Louis

1853  1855

nommé par le préfet

GOUIN

François-Aurélien

1855  1860

nommé par le préfet

GOUIN

Jean-Louis

1860  1865

nommé par le préfet

TIGER

Charles

1865  1870

nommé par le préfet

DAGUET

Pierre

1870  1871

élu

de TARRAGON (1)

Georges

1871  1919

élu

CORNEAU

Désiré

1919  1921

élu

de TARRAGON

Georges

1921  1925

élu

de TARRAGON

Armand

1925  1947

élu

de PIBRAC

Arnaud

1947  1965

élu

BELLON

Roger

1965  1974

élu

CHESNEL

Pierre

1974  1987

élu

DAVIAU

Aurèle

1987  2001

élu

AMARY

Gilbert

2001  2008

élu

GASSELIN

Philippe

2008  …

élu

  1. Les conditions de son élection sont un peu particulières. Voir le numéro 9 (printemps 2010) du bulletin municipal.

Au 1er janvier 2017, la création de la "commune nouvelle " entraîne une modification dans la répartition des compétences. Romilly devient une "commune déléguée " avec à sa tête un "maire délégué ".

C’est une nouvelle page de l’histoire des collectivités locales qui s’ouvre.
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Pourquoi faire simple …?


Il y a maintenant plus de cinquante ans que le cimetière est transféré de l’actuelle place des Marronniers à côté de l’église. La clôture maçonnée, depuis le temps, a besoin d’être restaurée. Elle a été construite, en 1834, aux frais des donateurs du terrain: les familles Tarragon et Guérineau de Lamérie.

Après la démolition du mur d’enceinte de l’ancien cimetière, la commune a vendu par adjudication les quatre-vingt-quatre mètres cubes de pierres ainsi que la terre végétale « de très bonne qualité ». Pourquoi, à l’époque, ne pas avoir gardé en réserve, pour les réutiliser plus tard, ces pierres et cette terre ? La raison invoquée est que la commune n’est pas riche et que la vente rapportera un peu d’argent. Quelle commune oserait se vanter d’être riche, même aujourd’hui ?
Au total, c’est une somme de 128,75 Francs qui a été ainsi récupérée.

Pour restaurer le mur de 1834, un devis est demandé au maçon du village. Il s’élève à 451,74 Francs. On s’aperçoit alors, en consultant les plans et en les comparant avec les relevés sur le terrain, qu’une partie du mur a été construite sur le fonds du voisin appartenant à un dénommé Pinet (1). Comment une telle erreur s’est-elle produite ? Personne n’en sait rien. Il convient donc, avant tout autre chose, de récupérer le terrain supportant ce morceau de mur. On peut en évaluer l’emprise à quinze ou vingt mètres carrés.

La décision est prise de ne pas modifier le montant du devis mais de prélever 50 F pour acheter la bande de terrain. On rédige une délibération dans ce sens et on la soumet à « l’Autorité supérieure » pour approbation. La solution proposée par la commune est refusée, elle paraît pourtant simple. Aux dires du sous préfet, les formalités seraient trop nombreuses - les mêmes que celles nécessaires pour la création d’un cimetière. Cela valait-il le coup pour quelques mètres carrés ? Ce sous préfet n’avait manifestement pas envie de s’embarrasser trop longtemps avec ces broutilles, quelque dossier devait présenter plus d’intérêt, ou alors il avait mieux à faire.

Dans le même temps, le sieur Pinet avise le sous préfet qu’il est prêt à donner ledit terrain à la commune. Tout semble donc s’arranger. L’un donne et l’autre accepte la donation.

Eh bien non, ce serait trop simple.

Le sous préfet, sollicité pour avis, propose (ou impose ?) alors une procédure pour acquérir ces fameux mètres carrés manquants sous la forme d’une donation. On ne peut pas dire qu’elle brille par sa simplicité.

Premier temps : le sieur Pinet doit signer une promesse de vente, en double exemplaire dont un avec timbre, auprès de la mairie.
Deuxième temps : le conseil municipal doit délibérer afin d’approuver cette promesse de vente d’un montant de 50 Francs avec, évidemment, l’accord de « l’Autorité supérieure ».
Troisième temps : la commune acquiert le morceau de terrain et verse la somme prévue au sieur Pinet.
Quatrième et dernier temps : le sieur Pinet reverse les 50 Francs à la commune sous la forme d’une souscription volontaire.

Toutes ces formalités accomplies, la commune acquiert le terrain, le mur est reconstruit et, le temps passant, plus personne ne parle, ni se souvient, de cette affaire qui a provoqué une dépense de temps et d’énergie hors de proportion avec l’objet du problème.

C’était en 1888. Aujourd’hui, est-ce que tout cela se ferait plus simplement ? Pas sûr !

(1) Il s’agit du mur situé dans le prolongement de la grille actuelle perpendiculairement à l’église. Ce mur est aujourd’hui à la bonne place.
Sources : registre des délibérations du conseil municipal.
 

Plus qu’on en a … plus qu’on en veut …


Saint-Calais ne semble pas être, malgré les apparences, et depuis toujours, un hameau paisible (mais est-ce vraiment le seul hameau dans ce cas ?). Il s’y passe toujours quelque chose. Des événements dramatiques ou cocasses ; des événements suscitant la solidarité, parfois ; des événements pas toujours très glorieux, voire minables … même encore de nos jours.

Les faits que nous allons raconter se passent dans les années 1820 et mettent face à face deux cultivateurs de Saint-Calais et la municipalité de Romilly. Nous allons être confrontés à la cupidité et la mauvaise foi des premiers et à la revendication légitime de la seconde.

La commune possédait une pâture qui était mitoyenne d’une parcelle cultivée par les frères Huchet. Cette pâture n’était pas bien grande : 7 ares 20 centiares et était en jachère depuis quelques années. Du moins dans le principe, car dans les faits, une grande partie en était régulièrement labourée, entretenue et exploitée.

Il était notoire que les frères Huchet empiétaient régulièrement chez leurs voisins : un tour de charrue par-ci, un tour de charrue par-là … « Tu ne m’as pas vu ? Je t’embrouille… ». Le bien de la commune fut rapidement annexé. Ces deux frères profitaient ainsi de l’inertie des élus. Jusqu’au jour où la municipalité décida, enfin, de mettre les moyens pour récupérer cette parcelle.

Cette terre avait vocation à être affermée. C’est ce que la municipalité avait voulu faire en 1826 par criée publique mais personne n’avait manifesté son intention de louer, même pas les frères Huchet pourtant présents ce jour-là. Ils auraient préféré qu’on leur laisse la parcelle contre une petite somme d’argent ... Vraiment une toute petite somme…Pour rien, c’eût été encore mieux…

Quelque temps plus tard, afin d’en finir avec cette affaire qui commençait à faire beaucoup de bruit, le maire convoque François Huchet (1) et lui demande d’exposer ses intentions exactes.

La réponse est on ne peut plus claire et ne manque pas de mauvaise foi.

« Cette pièce de terre n’est utile à personne et n’a point de maître. Je me suis donné la peine de la défricher et de l’ensemencer, donc je la garde. De plus, mes voisins se moqueraient de moi si je cédais maintenant.»
En effet, il s’était vanté auprès d’eux que jamais il ne rendrait cette terre, quoi que fassent le maire et les élus. Il avait donc peur de perdre la face. Décidément, où va se placer l’orgueil … ?

La situation ne se débloquant pas par les moyens amiables, le conseil municipal se réunit le 16 novembre 1828. Il prend une délibération à l’unanimité des neuf élus présents (2) laquelle dispose, en substance :
- Il est notoire que les frères Huchet usurpent une partie du domaine communal, ce que peuvent confirmer tous les habitants de Romilly.
- Le cadastre détermine très bien les limites des deux parcelles et il est patent que la partie indûment labourée par les frères Huchet appartient à la commune.
- Cet exemple de désordre, impuni jusqu’alors, peut donner des idées à d’autres personnes qui ont des terres mitoyennes avec la commune.
- En conséquence, la commune fait une demande à « l’Autorité supérieure » pour qu’elle soit autorisée à poursuivre juridiquement les sieurs Huchet afin qu’ils restituent le bien qu’ils ont usurpé.

Cette affaire, finalement, n’eut pas de suites judiciaires. Les frères Huchet ont dû se rendre compte qu’ils n’auraient pas raison devant un juge et qu’en plus, ils risquaient d’être condamnés aux dépens.
La rapacité a quand même des limites… Heureusement…

(1) Ce François Huchet sera nommé maire de Romilly en 1830 par le préfet. Comment a-t’il été choisi, et sur quels critères ? Décidément, les motivations de l’ « Autorité supérieure » sont vraiment difficiles à comprendre…
(2) Parmi ces neuf élus, deux ont déclaré ne savoir ni lire ni signer.
Sources : registre des délibérations du conseil municipal

Voyage sans retour


Les Cayes, en Haïti, c’est bien loin de Romilly. A priori, aucun rapport entre ces deux lieux. Et pourtant…C’est là, à des milliers de kilomètres de chez lui que nous retrouvons un enfant du pays : Etienne Mauger. Que faisait-il donc dans ce qu’on appelait alors "les Colonies" ?

Commençons par un peu d’histoire. Haïti, ou plutôt Saint-Domingue à l’époque, est une colonie de plantation. Depuis plus d’un siècle, on y cultive essentiellement la canne à sucre. L’île en deviendra, à partir de 1720, le premier producteur mondial. Cette activité nécessitant une grande quantité de main d’oeuvre, et les autochtones ayant été décimés par les maladies d’origine européenne, on fait rapidement appel aux esclaves africains importés par bateaux entiers. En 1788, la population, dans l’île, est d’environ 450 000 habitants dont à peu près 405 000 esclaves, 27 000 blancs et 21 800 personnes appelées « gens de couleur libres », en fait des mulâtres.

La Révolution française va mettre à mal tout ce système économique et les esclaves, dès 1791, vont se révolter sous l’autorité d’un certain Toussaint Louverture (1). Cette révolte qui fait plus d’un millier de morts chez les Blancs se transforme rapidement en guerre de libération. Dans cette guerre, Blancs et Noirs s’allient, au gré des événements européens, alternativement avec les Anglais ou les Espagnols.

Certains Blancs, peut-être plus visionnaires que les autres, décident d’abolir l’esclavage, quelques mois avant la Convention qui le décrète en février 1794 pour l’ensemble des colonies. Parmi ces Blancs, deux commissaires civils délégués par la Convention : Sonthonax qui le décide le 29 août 1793, pour la province du Nord, et Polverel, qui le fait progressivement jusqu'en octobre, pour les provinces du Sud et du Centre.

L’arrivée de Bonaparte au pouvoir change la donne. Il rétablit l’esclavage et décide de « remettre de l’ordre » à Saint-Domingue. Pour cela, il envoie un corps expéditionnaire de plus de 30 000 hommes qui arrive de manière échelonnée à partir du mois de février 1802 sous la direction de son beau-frère, le général Leclerc. Parmi les soldats : Etienne Mauger.

Etienne Mauger est né le 28 avril 1773 à Bouche d’Aigre dans une famille apparemment aisée, son père, Pierre Mauger, étant laboureur (2). Ce que fait sa mère, Anne Breton, n’est pas précisé dans les registres paroissiaux. On sait peu de choses au sujet de cet homme. Ce qu’on peut supposer, c’est qu’il a dû s’engager dans l’armée pendant la Révolution. Le fait-il par idéal ou par nécessité ? Il est incorporé comme chasseur dans la 14ème ½ brigade d’infanterie, 1er bataillon, 4ème compagnie.

Les conditions dans lesquelles vivent les hommes du corps expéditionnaire sont inhumaines. Le harcèlement des Noirs qui connaissent parfaitement le pays, les conditions climatiques, les problèmes d’approvisionnement en vivres et en matériel et les « fièvres » mettent, en trois mois, hors de combat le tiers des effectifs, dont 5 000 morts et autant de blessés et de malades.

Notre romillon survit plus d’un an dans ces conditions abominables. Il ne connaîtra pas la fin peu glorieuse du corps expéditionnaire. Il meurt à l’hôpital des Cayes (de maladie ou des suites de blessures ?) le 14 fructidor an XI (1er septembre 1803).

L’armée française capitule le 27 brumaire an XII (19 novembre 1803) après une ultime bataille perdue. Les survivants, pas plus de 7 à 8 000 hommes, connaissent des sorts variés : certains gagnent les Etats-Unis et s’y installent, d’autres sont prisonniers des Anglais, d’autres rentrent en France et quelques-uns se réfugient dans la partie est de l’île, l’actuel Saint-Domingue.

On peut penser que la famille Mauger ignora longtemps ce qu’était devenu Etienne. Le certificat de son décès ne sera annexé dans les registres, à la mairie de Romilly, que dans les années 1830 et son corps doit toujours reposer dans le cimetière des Cayes.

D’autres romillons, de souche ou d’adoption, ont eu un destin hors du commun. Nous en parlerons peut-être un jour.

(1) Fait prisonnier, il est interné au fort de Joux, dans le Jura, où il mourra en avril 1803. Il ne connaîtra donc pas l’indépendance de son pays qui interviendra le 1er janvier 1804.
(2) Sous l’ancien régime, le laboureur était propriétaire, au moins en partie, de la terre qu’il cultivait. Il était ainsi moins tributaire de la tutelle féodale.

"La mort aux trousses"

Nous citons souvent l’abbé Boisganier (1). Pendant les quinze années qu’il a passées à la cure de Romilly, il a noté une foule d’événements concernant la paroisse et ses habitants.

Pierre Denis Boisganier est né à Châteaudun, Grande rue de la Madeleine, le 8 ou le 9 octobre 1691. Il a fait ses études au séminaire de Beaulieu lès Chartres et est nommé curé de Romilly en décembre 1721. Il y restera jusqu’au mois de juillet 1736. Son départ eut lieu dans des circonstances dramatiques, voire humiliantes pour lui. Des circonstances dignes du film d’Alfred Hitchcock donnant le titre à cet article. En voici le déroulé.

Dans la nuit du 3 au 4 mai 1736, la maison du garde-chasse de monsieur de Pleurre, François Gassot, brûle à Burette : il n’en reste rien. La population est évidemment en émoi et tout se sachant dans les petites communautés villageoises, les soupçons se portent rapidement sur cinq personnes du village, plus précisément, pour quatre d’entre elles, résidentes du hameau de Bouche d’Aigre. Elles ont toutes de bonnes raisons d’en vouloir au garde-chasse.

On trouve un couple : Georges Dufois et Louise Guénard, un jardinier Jean Moreau, Joseph Hérau et Denis Limoge un laboureur, résident de la Rivière et gendre de Louise Guénard.

Vers Pâques qui avait lieu le 1er avril, cette année-là, Le chien de Limoge divague devant la maison de Gassot à Burette. Le garde qui doit avoir des instructions de son maître, monsieur de Pleurre, concernant le vagabondage des animaux abat ce chien. Limoge dit au garde que, tôt ou tard, il paierait cher la mort de l’animal. C’est le premier motif.

Second motif : les femmes de Dufoix et de Moreau sont surprises dans le parc du château par le garde-chasse. Celui-ci poursuit les maris (les femmes, à l’époque, sont irresponsables juridiquement) devant le maître des eaux et forêts qui leur inflige une double sanction : la réparation du préjudice subi (on ne sait pas lequel) et une amende. Les maris se déchaînent alors verbalement contre Gassot et le menacent des pires calamités.

Dans les jours qui suivent l’incendie « On adressa […] une complainte (2) à Châteaudun, et le 17 on assigna des témoins. Enfin un décret de prise de corps [désigna] un huissier assisté de deux soldats de la maréchaussée » pour arrêter le couple Dufoix. C’est chose faite dans la nuit suivante et le couple est conduit à la prison de Châteaudun.

Prenant peur, après cette arrestation, leur voisin Jean Moreau prend la fuite, ce qui semble démontrer qu’il n’était pas blanc comme neige dans cette affaire.

Le même jour, Hérau est assigné pour être entendu mais, lui aussi prend la fuite en direction d’Orléans.

Denis Limoge, plus malin ou plus inconscient, reste chez lui en prétendant à qui veut l’entendre qu’il n’est pour rien dans l’incendie.

Et notre ami Boisgasnier dans tout cet imbroglio ? En quoi est-il concerné ? Il n’est responsable en rien des ennuis de tous ces personnages. Mais, eux le croient. Ils pensent que le brave curé a agi en sous-main auprès du garde-chasse et de monsieur de Pleurre, qu’il est l’instigateur de tous les malheurs qui leur tombent dessus. En une phrase : « C’est lui le responsable de nos ennuis. »

Les victimes - la famille Gassot - avaient obtenu un monitoire (3) dont la publication eut lieu pendant la messe trois dimanches de suite en juin. Suite à cela, les menaces se sont précisées à l’encontre de Boisgasnier. Il devient le bouc-émissaire idéal. On menace d’incendier le presbytère, on menace de le noyer et même de l’assassiner. Face à un tel déchaînement de haine, bien injustifié, Boisgasnier décide de partir, de fuir, un peu comme Cary Grant pourchassé sur les sculptures du mont Rushmore.

L’intolérance et la bêtise ont donc eu raison du courage de notre brave curé qui abandonne sa cure le 3 juillet. Il est donc parti trop tôt de Romilly pour nous communiquer la conclusion de cette affaire.
Près de trois cents ans plus tard, on aurait pu penser que l’Homme avait acquis plus de discernement, acceptait plus les différences. Les événements atroces de 2015 en France et de ce début d’année 2016 dans le monde nous prouvent le contraire.

Quand l’Homme, le seul être vivant doué de raison disent les scientifiques (on peut en douter), sera-t-il enfin raisonnable ? Soyons optimiste en disant que l’intelligence finira par triompher. Mais, quand ?

(1) Les archives sur lesquelles nous nous appuyons sont malheureusement fragmentaires. Nous n’avons aucune trace de son manuscrit original de quelques centaines de pages.
(2) Complainte : Nous dirions aujourd’hui « plainte » dans son sens juridique.
(3) Monitoire : Lettre d’un juge d’Eglise qui avertissait les fidèles d’avoir, sous des peines ecclésiastiques, [la plus sévère étant l’excommunication] à révéler au juge séculier tout ce qui pouvait éclairer la justice sur certains faits criminels. (définition du dictionnaire Robert)
 

"La Terre"


Quiconque habite Romilly ne peut pas ne pas avoir lu «La Terre » … au moins une fois. Dans ce roman, paru en 1887, Emile Zola décrivait, sous un jour plutôt noir, les paysans beaucerons. La parution du livre fit même scandale à l’époque. Rapidement le cinéma naissant s’empara de certaines oeuvres de Zola, dont « La Terre » afin de les adapter.

C’est en 1921 qu’André ANTOINE (1) s’attaqua à l’adaptation de cette oeuvre. Le film a été tourné à Romilly avec des acteurs professionnels, vedettes du cinéma muet, parmi lesquels Armand BOUR (Fouan), Germaine ROUER (Françoise), Berthe BOVY (La Trouille). Ce film a été projeté à plusieurs reprises ces dernières années, tant à Romilly qu’à l’Ecomusée de la vallée de l’Aigre à la Ferté-Villeneuil. On y reconnaît aisément certains lieux du village et des alentours.

L’histoire des bobines originales est assez rocambolesque, elles avaient complètement disparu en France. La seule version complète du film a été retrouvée à Moscou, rapatriée en France et restaurée il y a quelques années.

Une nouvelle version cinématographique du roman était prévue dans les années 1980. Il s’agissait d’une transposition à l’époque contemporaine. L’action devait commencer au début des années 1970 et se terminer en 1989 avec le bicentenaire de la Révolution française. Entre ces deux dates, la France aurait connu un roi, Henri VI intronisé en 1968 et destitué après des élections catastrophiques en 1974, puis un président de la République : Valéry Giscard d’Estaing.

En plus des thèmes évoqués dans le roman, il était prévu d’aborder les problèmes agricoles des années 1970/1980 et plus généralement ceux des petites communes de ces années-là : exode rural, désertification, fermeture des classes,...

Alain GODARD (sans lien de parenté avec Jean-Luc GODARD) est l’auteur du scénario (2). Cet homme, peu connu du grand public, a pourtant travaillé avec de grands noms du cinéma. Il a ainsi collaboré avec, sans souci de chronologie, Pierre RICHARD pour « Je suis timide, mais je me soigne », Jean-Jacques ANNAUD pour « Le nom de la rose », « Stalingrad », « Deux frères », Edouard MOLINARO pour « Palace », Jacques MONNET pour « Signes extérieurs de richesse » et bien d’autres …
Alain GODARD avait déjà envisagé, dans son scénario, les différents lieux de tournage en extérieur, dans les environs et à Romilly même : la mairie, l’école, l’église. La liste de tous ses personnages était prête. Il avait même pensé à certains acteurs : Michel SERREAU aurait incarné « Fouan » et Alice SAPRITCH « La Grande ».

Ce projet n’a jamais abouti. Nous n’en connaissons pas les raisons. Dommage pour Romilly… en attendant qu’un jour, peut-être, une nouvelle adaptation de ce roman ne voie le jour.

Terminons par une curiosité : « La Terre » a été adaptée en feuilleton (30 épisodes de 52 minutes chacun) pour une chaîne de télévision marocaine par Chafik Shimi (3) sous le nom « Wouja’e Trabe » en 2006.

(1) André Antoine (1858-1943) donna son nom, après achat, à l’ancien théâtre des Menus Plaisirs. Ce théâtre existe toujours. Son petit fils, Jacques, homme de télévision et de radio, était célèbre dans les années 1960 / 1990. Avec son complice Pierre Bellemare il a été le concepteur de multiples jeux dont les fameux «Schmilblick» et «Fort Boyard».
(2) Ce scénario a été déposé à la SACD (Société des auteurs et Compositeurs Dramatiques) en octobre 1988 sous le numéro 32 055.
(3) Célèbre dans son pays, Chafik Shimi est né à Casablanca en 1948. Il est tout à la fois scénariste, dialoguiste, metteur en scène, réalisateur, directeur d'acteur et acteur.
 

L’enfant trouvé


Le 15 novembre 1722 a lieu, dans l’église de Romilly, le baptême d’un enfant mâle. Quoi de plus banal. Les registres de l’état civil n’existant pas encore, ce sont les curés qui notent les naissances, les mariages et les décès dans les registres paroissiaux. Le baptême se pratique très peu de temps après la naissance, quelquefois le jour même. La mère est évidemment absente lors de cette cérémonie, l’enfant est alors présenté par le père ou un membre de la famille accompagné de son parrain et de sa marraine. Personne ne devrait donc échapper au baptême car c’est le seul moyen d’avoir un prénom, un minimum de reconnaissance dans la paroisse et surtout d’être assuré de mourir chrétiennement – ce qui est essentiel à l’époque.

Banal, ce baptême ? Pas vraiment. Car l’enfant à baptiser ce jour-là est âgé d’environ cinq ans et demi. Le brave curé Boisgasnier est perplexe. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il en perd son latin. Cependant, Il n’a aucun document prouvant que cet enfant a déjà été baptisé. Et s’il doit accomplir cet acte, il lui faut demander un « pouvoir spécial » auprès de l’évêque. La réponse revient et elle est positive. Le curé a son « pouvoir spécial », il peut officier.

Mais, d’où vient cet enfant, et où était-il pendant les cinq premières années de sa vie ?

Cet enfant est la victime innocente d’une pratique très ancienne qui s’est perpétuée pendant des siècles : l’abandon à la porte des églises. Cet enfant-là, a été « exposé » (c’est le terme utilisé à l’époque) sur les marches de la croix de Saint-Georges à Cloyes et il était déjà âgé, d’après les personnes qui l’ont vu, de quatre à cinq mois. Personne n’a jamais pu dire qui était la mère et, évidemment, encore moins le père. Il semble qu’il a été recueilli par la famille de Pleurre qui n’a pas éprouvé le besoin de le faire baptiser plus tôt. Etonnant pour une famille aussi pieuse (leurs dons à l’église de Romilly ne manquent pas)… Mais ce qui n’était pas issu de la noblesse, à l’époque, ne comptait pas pour grand-chose. Est-ce une raison suffisante?

Pourtant, ces abandons d’enfants n’auraient plus dû exister depuis longtemps. Un édit d’Henri II daté de février 1556, repris par Henri III, puis complété par Louis XIV obligeait les filles non mariées et les veuves enceintes à déclarer leur grossesse et leur accouchement sous peine de mort. Cette sentence semble avoir été peu appliquée. Le plus souvent, on se contentait - c’est une façon de parler - de fouetter nues, de marquer au fer rouge les deux épaules et de bannir ces pauvres femmes. Le but de cet édit était d’éviter les abandons et même les infanticides très nombreux en ces temps-là. La Révolution ayant abrogé ces textes, il y eut, au XIXème siècle, une recrudescence d’abandons avec l’aide des « tours d’abandon » (1) ainsi que d’infanticides. Les annales judiciaires de tous les départements ne manquent pas de comptes rendus à ce sujet.

Le baptême ayant eu lieu avec un certain Delaroche comme parrain et la soeur du curé comme marraine, il fallut trouver un nom à cet enfant trouvé. Finalement, en trouver un fut aisé. On ne fit pas vraiment preuve d’originalité. Puisque c’était un enfant trouvé, on ne trouva pas mieux que de le nommer TROUVE et tout le monde trouva cela très bien.

Quant au prénom, on opta pour celui de Jean-François.

(1) Le « tour d’abandon » est un dispositif tournant placé dans l’ouverture d’un mur de couvent ou d’hôpital. Il permettait de se « débarrasser » des nouveaux nés dans l’anonymat. On disait aussi « tourniquet ».
Sources : mémoires de l’abbé Boisgasnier.

La faute à qui ?
La faute au Laki


Les années qui précédent la Révolution française sont des années terribles dans les campagnes.

Certes, dans le passé, nombreuses furent les périodes de disette, voire de famine. Le « petit âge glaciaire » (1) mettait à mal les productions de la terre. Cependant, les années 1780 sont exceptionnelles à plus d’un titre.

Tout commence au mois de juin 1783. Romilly, comme une grande partie de la France et de l’Europe, est recouvert d’un brouillard sec, de couleur ocre, qui voile le soleil. « On pouvait [le] regarder de face sans être ébloui » diront des observateurs de l’époque. Ce brouillard sec est en fait un nuage de poussières et d’aérosols qui se dépose en partie au sol en brûlant la végétation.

Les mois et les années qui suivent cet étrange phénomène sont catastrophiques pour la population et même les animaux.

Les étés caniculaires et secs succèdent aux hivers rigoureux : il gèle dans les maisons. En 1784, la neige tombe avant Noël et celle-ci subsiste jusqu’au mois de mars. Les récoltes, déjà maigres les années normales, sont insuffisantes et la disette s’installe dans les campagnes.

A Romilly, dans ces années-là, comme partout ailleurs, la mortalité est presque multipliée par deux. En 1781 : 14 décès, en 1782 : 12 décès, en 1783 : 22 décès, en 1784 : 23 décès, en 1785 : 15 décès, en 1786 : 26 décès.
En 1787, la moitié des terres n’est pas ensemencée à cause des pluies interminables du printemps et la majorité des semis d’automne pourrit.

En 1788, c’est la sécheresse (entre 40 et 60% de déficit de pluie) qui gêne la pousse des blés en début de saison. Et les orages, partout en France, particulièrement violents, du 13 juillet, détruisent une grande partie des cultures : Tout est haché, déraciné. On a relevé des grêlons pesant plusieurs livres (2). Le curé de Cléry Saint-André, en visite dans la région, fait état de la destruction de tous les fruits. L’hiver qui suit est l’un des plus longs et des plus froids : moins 18° pendant les mois de décembre 1788 et janvier 1789 avec des minima à -22° / -24°. Au total, il y eut cet hiver-là plus de quatre-vingts jours de gelée.

Pour trouver l’origine de ces dérèglements météorologiques particulièrement destructeurs et incompréhensibles pour les gens de l’époque, il faut aller jusqu’en Islande qui, comme chacun sait, est un pays au volcanisme très actif.
Et notre responsable, c’est le Laki (3). Le Laki est une chaîne de volcans qui s’étale sur plus de 25 kilomètres. Il entre en éruption au début du mois de juin 1783, et cette éruption durera 8 mois.

Pendant cette période, selon les estimations actuelles des volcanologues, 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre (4) ont été émises, se sont répandues dans l’atmosphère de toute l’Europe et ont filtré en partie le soleil avant de se déposer au sol et sur la végétation. Ceci équivaut à trois fois les émissions européennes actuelles du même gaz au cours d’une année. Les historiens ont estimé à 170 000 le nombre de victimes directes ou indirectes de cette catastrophe.

Certains d’entre eux pensent que cette série de dérèglements climatiques, sans en être la cause principale, ne serait pas étrangère à la survenue de la Révolution de 1789. C’est peut-être un peu exagéré.

(1) Les historiens et les météorologues pensent que cette période s’est étendue de 1275 jusque vers 1860.
(2) Une livre de l’ancien régime correspond, à environ 500 grammes.
(3) Diminutif de Lakagigar.
(4) Le dioxyde de soufre est à l’origine des pluies acides qui brûlent la végétation. Il irrite les yeux et les voies respiratoires.
Sources : articles des bulletins de la Société Dunoise d'Archéologie, Histoire, Sciences et Arts ; Sciences et vie ; "L'Histoire" n° 343 de juin 2009.

Le Prussien


Il y a cent quarante-cinq ans la France était en guerre et cela se passait plutôt mal : Napoléon III capitule le 2 septembre 1870 à Sedan et Bazaine le 19 octobre à Metz. Une grande partie de la France est ainsi livrée à l'ennemi.

Depuis la bataille de Châteaudun, il ne se passait pas de jour sans que des patrouilles prussiennes, à moins qu'elles ne soient bavaroises ou mecklembourgeoises – on ne sait pas trop - ne sillonnent la campagne et ne fassent des apparitions redoutées dans les villages des alentours.

On raconte ainsi des histoires étonnantes ou dramatiques au sujet de cette période troublée. En voici une qui se serait passée dans le village.

Un jour de décembre, un régiment faisait mouvement en direction de Vendôme et traversait Romilly. Les hommes du rang étaient à pied, et les officiers à cheval. On les imagine, ces officiers, se tenant droits sur leurs montures, engoncés dans leur bel uniforme, le casque à pointe vissé sur le crâne et le sabre au côté : ils devaient avoir fière allure.

Cette fin d'automne était froide, les hommes marchaient vite, sans doute pour se réchauffer, mais plus vraisemblablement parce qu'ils étaient poussés par leurs supérieurs. Ceux-ci, sur leurs chevaux, faisaient des allers et retours tout le long de la colonne.

Enfin les ennemis sont passés à l'exception d'un officier qui s'est attardé et qui musarde à l'arrière. Il décide d'aller abreuver son cheval et s'avance vers une mare située non loin de la route et du pont, juste en bordure de l'Aigre.

L'aigre est une belle rivière aux eaux transparentes mais elle réserve parfois de mauvaises surprises. Elle s'écoule tantôt sur un lit de graviers ou de sable, tantôt au milieu de marécages quasi impénétrables, parsemés çà et là de gouffres qui ne sont la plupart du temps que des sources. On trouve même de ces gouffres dissimulés au fond de mares au bord de la rivière.

Donc, le cavalier et sa monture s'approchent. Le cheval est un peu réticent en s'aventurant dans l'herbe (ne dit-on pas que les animaux, contrairement aux humains, pressentent certaines choses ?), mais, le cavalier l'éperonnant, il finit par s'approcher de l'eau. Lentement, le cheval avance un pied, puis l'autre et penche la tête pour boire. A ce moment-là, un phénomène étrange se produit : le cheval commence à s'enfoncer dans la vase. La bête essaie de reculer mais elle n'y arrive pas. Le cavalier tire en arrière sur les rênes mais rien n'y fait le cheval ne peut pas se dégager. Au contraire, il s'enfonce de plus en plus. Un officier prussien ne descendant jamais de son cheval sans une bonne raison - il y en avait pourtant une - reste en selle et s'acharne à vouloir sortir sa monture de ce guêpier. Soudain, déséquilibrés, le cheval et l'officier chutent sur le côté au beau milieu de la mare. L'un et l'autre se débattent mais ils s'enfoncent inexorablement et finissent par disparaître en ne laissant échapper que quelques bulles.

Dans le village, au passage de la colonne, tous les habitants, ou presque, s'étaient réfugiés dans leurs habitations : pas question de rester dehors car l'ennemi pouvait se montrer particulièrement cruel : il y avait eu des morts dans un village voisin.

Un habitant de Romilly, un seul, a assisté à la scène et s'est bien gardé d'intervenir. Une fois le drame achevé, il tourna les talons et, en guise de conclusion, eut cette réflexion :

« En voilà toujours un de moins ! »
 

Un barrage sur l'Aigre


Vous vous souvenez sans doute d'Alphonse Ledon. Il avait alimenté les commérages en 1859 à propos d'un incendie douteux dans sa maison (1). En 1874, il est de nouveau au centre des conversations (et des commérages ?) à Romilly. Il fait l'objet d'un procès-verbal de la gendarmerie et d'une pétition émanant d'une partie des habitants de la commune.

Alphonse Ledon habite la Rochette, il est âgé de 46 ans, est marié et a deux filles, Adelphine et Céline.

Il vit de la pêche dans l'Aigre et, sans rouler sur l'or, il ne semble pas être particulièrement dans le besoin car il ne fait pas partie de la liste des indigents.

Qu'a donc fait Alphonse Ledon pour mériter une telle attention de la part de la maréchaussée et des Romillons?

Non loin de chez lui, il a établi une petite retenue sur l'Aigre, ou plutôt sur l'un des bras présents à cet endroit (probablement à la hauteur de l'ancien moulin « Thenot »). Sans doute pour les besoins de son métier et plus certainement pour améliorer le rendement de son activité. Et c'est là que ses ennuis commencent.

Les gendarmes, ayant eu connaissance de cette construction (une dénonciation ?), sont venus sur place, ont constaté les faits et ont dressé un procès-verbal au sieur Ledon pour délit de pêche. Ils ont considéré que cette retenue - ou ce barrage - n'avait pas d'autre utilité que celle de retenir le poisson au profit unique du pêcheur.

Et c'est après ce procès-verbal que les habitants interviennent, en particulier ceux, directement intéressés, qui sont proches de la Rochette. Ils décident de rédiger une pétition.

La pétition est rapidement prête et envoyée au maire, à charge pour lui de la présenter à la prochaine réunion du conseil municipal. C'est ce qu'il fait le 20 septembre 1874.

Alors, quel est l'objet de cette pétition ? On pourrait penser qu'elle demande la suppression du barrage.

Eh bien non, c'est le contraire : les pétitionnaires demandent le maintien dudit barrage. Ils soutiennent qu'il a été établi dans l'intérêt commun. En effet, beaucoup de riverains ont constaté que depuis quelque temps l'Aigre avait tendance à abandonner son cours principal pour se déverser dans le lit secondaire, à tel point que le lit principal était pratiquement à sec. « Ce qui prive les habitants de la Rochette, de la Buissonnerie et de la Touche, d'eau pour leur alimentation et pour abreuver leurs bestiaux. »

En conclusion : « Il est donc reconnu que ce barrage a pour effet de laisser couler l'eau également dans chaque bras de rivière. »

Le conseil municipal va alors délibérer. A l'unanimité, il décide que la réclamation des habitants est fondée et qu'il faut qu'elle soit prise en compte. Il prie le Préfet d'autoriser l'aménagement du barrage.

Quelle fut la réponse du Préfet ? Rien n'en subsiste dans les archives de la commune. Le barrage a-t-il été démantelé ? A-t-il subsisté avant, probablement, d'être emporté par une crue ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'en reste aucune trace.

(1) Voir « Romilly infos » n°11
Source : registre des délibérations du conseil municipal

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La milice à Romilly


Nous ne sommes pas pendant la seconde Guerre mondiale, avec la milice de sinistre mémoire, mais dans le premier quart du XVIIIème siècle. A cette époque, les armées du roi se composaient des engagés volontaires enrôlés dans les troupes régulières et des milices qui ne fournissaient un complément que si le besoin s’en faisait sentir. Avec Louis XIV en fin de règne, puis sous Louis XV, le besoin s’en faisait sentir souvent. Ce système de la milice perdura jusqu’à la Révolution.

La création de ces milices date de l’époque de Louis XIII mais, c’est à partir de 1688, avec Louvois que le recrutement devint permanent. D’abord par l’élection - c’était l’assemblée des habitants qui en était chargée - puis, à partir de 1691, pour éviter certains excès, par tirage au sort, ce qui provoqua d’autres abus de toutes sortes.

Romilly « devait » deux hommes à la fin du XVIIème siècle mais le contingent monta rapidement à quatre dans les années 1730 (1) avec Louis XV. Les « élus » étaient tenus d’assurer quatre ans de service et si l’un mourait, il fallait lui trouver un remplaçant. De même, une fois les quatre ans passés, l’homme rentrait chez lui et un nouveau tirage au sort devait combler la place laissée libre.

On ne peut pas dire que la perspective de partir à la guerre réjouissait beaucoup ces jeunes hommes. Tous les artifices étaient bons pour se soustraire à cette obligation. Certains, au moment du tirage au sort, extorquaient de l’argent à leurs parents. Il s’est même vu des jeunes gens vider la maison des parents du peu de meubles qu’ils avaient pour les vendre. Tout cela pour acheter un remplaçant (sans doute quelqu’un qui n’avait plus aucune attache, ou plus rien à perdre). A l’approche de la guerre, acheter un remplaçant, pouvait coûter jusqu’à 500 livres. Comme d’habitude, c’étaient les pauvres qui, ne pouvant pas payer de remplaçant, partaient.

Jusqu’en 1733, seuls les célibataires étaient inscrits sur la liste du tirage au sort. Beaucoup d’hommes essayaient ainsi de se marier avant la date fatidique du tirage. Certains mariages se sont conclus en une semaine. Ce fut le cas de Pierre Rossignol et Marie Meaulas, en 1726 : ils se fiancèrent le 3 juin et se marièrent huit jours plus tard, le 11.

Les grandes gagnantes étaient les femmes, surtout celles peu gâtées par la nature. Elles finissaient toutes par trouver un mari parmi les jeunes qui n’avaient pas envie de partir à la guerre. Beaucoup d’hommes, entre la laideronne et la guerre, ont sans doute choisi la laideronne… Sans doute le moindre mal pour eux.

Devant une telle alternative, que ferait la majorité des hommes, aujourd’hui?
(1) En 1733, les « élus » se nommaient Jacques Vidier, Julien Provôt, Etienne Gaillard etDenis Berthier. Ce dernier s’était vendu pour 100 livres.
Source : Mémoires de l’abbé Boisgasnier

Bon anniversaire

(avec un peu d'avance...)

Oui, bon anniversaire mesdames. Il y a 70 ans, en effet, vous avez enfin obtenu ce que vos devancières réclamaient depuis plus d'un siècle : le droit de voter. C'est une ordonnance du 21 avril 1944 (1) qui vous accorde ce droit. La France a été un des derniers grands pays à le faire. Bien après la Nouvelle Zélande en 1893, le Danemark en 1908, la Chine en 1912, l'Allemagne en 1918, ...

Dès la Révolution française, il y eut des femmes pour réclamer l'égalité avec les hommes. Olympe de Gouges, femme de lettres et polémiste, fut une des premières. Elle proposa, en 1791, à l'Assemblée nationale, d'adopter une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Dans son article 10, le texte précisait : « [...] La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir celui de monter à la tribune. [...]» Après son exécution le 3 novembre 1793 (c'est la seconde femme guillotinée, Marie-Antoinette ayant été la première), elle eut droit à cet odieux éloge funèbre : «Rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes et abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête est tombée sous le fer vengeur des lois.»(2)

Régulièrement, sous la troisième République, la question du droit de vote revient sur le bureau du Parlement. Pas moins de six fois la Chambre des Députés émet un vote favorable. Mais le Sénat s'y oppose toujours, soit en refusant de voter (novembre 1922), soit en n'inscrivant pas le projet à l'ordre du jour (juillet 1936). Paradoxalement, la gauche radicale et socialiste – réputée progressiste – est, elle aussi, contre. Elle craint que les femmes « plus naturellement influençables que les hommes» (sic) ne renforcent les conservateurs et en particulier le camp clérical.

Le 2 juin 1936, au Sénat, les femmes offrent des chaussettes aux sénateurs avec l'inscription « Même si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodées. »

Le 29 avril 1945 est un grand jour : les femmes votent pour élire les conseils municipaux. A Romilly, elles représentent un peu plus de 50% de la liste électorale. Près de 53% des inscrites voteront. Il y a même une élue : Monique de Tarragon (3). Les hommes, en mettant une femme sur leur liste, ont-ils voulu se donner bonne conscience ?

A quelques mois près, on pourrait aussi fêter l'anniversaire de la loi du 13 juillet 1965 qui valide l'émancipation financière des femmes. Cette loi leur donne tous les pouvoirs de gestion sur leurs biens propres et le droit d'exercer une activité professionnelle sans autorisation de leur mari. C'est une refonte primordiale du « Code Napoléon qui privait les criminels, les débiles mentaux et les femmes mariées de leurs droits juridiques »(4).

Parmi les jeunes, qui connaît ces deux dates et parmi les anciens, qui s'en souvient encore?

(1) Cette ordonnance a été promulguée à Alger par le Comité Français de Libération Nationale. Elle précisait les conditions dans lesquelles se ferait la transition des pouvoirs après la libération du pays. Son article 17 disposait : « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».
(2) Publié dans le journal « le Moniteur ». Le texte est du procureur Chaumette.
(3) Réélue en 1947 et 1953. Il faudra ensuite attendre 1977 pour retrouver des femmes au conseil municipal (Ghislaine BOUCHER et Jacqueline BELLON).
(4) Rosemonde PUJOL (1917 - 2009) féministe, journaliste et essayiste.

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On se donne les priorités que l’on veut

 

Après un intermède sur un sujet général, revenons à Romilly. avec une affaire qui a dû faire beaucoup parler dans les chaumières : la construction d’un bâtiment scolaire. Au mois de juillet 1874, le Maire reçoit une lettre du sous-préfet de Châteaudun. Celui-ci demande à la commune de prendre une délibération en vue de la création d’une deuxième école réservée aux filles. Jusqu’alors, dans les locaux de la classe unique, les garçons et les filles se côtoient.Le conseil municipal se réunit le 9 août. On doit discuter beaucoup sur ce point de l’ordre du jour. Finalement, le conseil décide de ne pas créer d’école de filles. On prépare donc la délibération et on la fait parvenir au sous-préfet. La réponse du représentant de l’Etat parvient à Romilly le 24 août. Le préfet insiste sur l’obligation de créer ce local en s’appuyant sur l’article 1 de la loi Duruy du 10 avril 1867 qui dispose que « Toute commune de cinq cents habitants et au-dessus (1) est tenue d’avoir au moins une école publique de filles, si elle n’en est pas dispensée par le conseil départemental, en vertu de l’article 15 de la loi du 15 mars 1850 » et demande de prendre une nouvelle délibération. Il précise que les motifs invoqués par la commune pour se soustraire à cette obligation ne sont pas fondés.L’argumentation de celle-ci s’articule autour des points suivants:
 
1- Aucune circonstance impérieuse ne réclame la séparation des deux sexes,
2- Les effectifs sont en diminution : 70 élèves au lieu de 90 quelques années auparavant,
3- Les locaux sont suffisamment spacieux pour accueillir tous ces élèves (2),
4- La commune a d’autres travaux plus urgents à effectuer : à l’église, au presbytère et dans les chemins.
 
Suite à cette seconde lettre, le conseil municipal se réunit donc de nouveau (le 20 septembre) et refuse une nouvelle fois de créer l’école en ajoutant les arguments suivants : le manque de terrain et d’argent pour la construction. Il ajoute que l’entretien de ces deux écoles serait une charge considérable (avant les lois Jules Ferry, une partie de la rétribution des enseignants est à la charge des communes). Ces échanges épistolaires continueront jusqu’en 1881, année où, enfin, une décision favorable est prise.Entre temps, les travaux prévus en 1874 à l’église et au presbytère sont menés à bien et la nouvelle école aura attendu une dizaine d’années avant de voir le jour (elle date de 1885).
 
(1) Au recensement de 1872, Romilly comptait 545 habitants.
(2) Rappelons que cette salle de classe « spacieuse » est maintenant la salle du Parc.
Source : archives communales (registre des comptes rendus du conseil municipal)

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"Selon que vous serez puissant ou misérable, … "

(Jean de la Fontaine

« Les animaux malades de la peste »)


Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, nous ne parlerons pas spécifiquement de notre village.

A l’heure où nous allons renseigner notre « très chère » déclaration d’impôt et où nous constatons : « toujours plus !!! », nous allons nous pencher sur « comment c’était avant …1789».

Seuls les roturiers étaient soumis à l’impôt. Ils étaient ponctionnés par l’Eglise, par le seigneur et par le pouvoir royal. L’inventaire que nous faisons est loin d’être exhaustif.

L’impôt le plus connu est sans doute celui qui s’appliquait au sel, ô combien indispensable pour la conservation des denrées: la gabelle. Cet impôt royal suscita bien des émeutes.

L’Eglise, avec la dîme, prenait un dixième de toutes les récoltes pour l’entretien du clergé et des paroisses.

Les seigneurs prenaient le cens, en argent, et le champart, en nature (entre 1/10ème et 1/16ème de la récolte). Ils possédaient les banalités : le four, le moulin et le pressoir, que, moyennant paiement, les villageois avaient l’obligation d’utiliser. La banalité de « tor » et de «ver » est moins connue. Dans les seigneuries où elle existait, seul le seigneur avait le droit de posséder un taureau ou un verrat et bien sûr il prélevait une redevance pour la reproduction du cheptel.

A tout cela s’ajoutaient les corvées royales ou seigneuriales.

Enfin, citons les tonlieux qui étaient des taxes prélevées lors de la circulation des biens et des personnes, à l’entrée des ports, des ponts, des villes et des bourgs, avant de devenir une taxe sur les étals au marché. Généralement, les individus échappaient au tonlieu, mais pas toujours. Certaines catégories y étaient soumises. Ainsi, un juif pouvait avoir à s’acquitter de 2 deniers, une juive de 4 deniers et une juive enceinte de 8 deniers (elle comptait pour deux). Une fille ou une femme ayant un enfant hors mariage devait payer 5 sols (1) : c’était le « droit des fillettes ».

Tout cela était profondément inégalitaire. D’autant que les taux variaient d’un lieu à l’autre. La monnaie, elle-même n’avait pas la même valeur partout jusqu’à la fin du Moyen Age.

En refondant tout le système fiscal, la Révolution de 1789 avait comme objectif de mettre en place « une contribution commune […] également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». (2)

Que reste-t-il de ce vertueux idéal ?

Les impôts et taxes du XIXème siècle ont été progressivement supprimés et remplacés par des impôts plus « modernes »: l’impôt général sur le revenu ne date que de 1914, la TVA (certains l’avaient rebaptisée « Très Vilaine Arnaque ») de 1954 avant d’être généralisée en 1968.

Aujourd’hui, dans le principe, que l’on habite Strasbourg, Bayonne ou Romilly, les règles sont les mêmes. Mais, dans le domaine fiscal, ainsi que dans beaucoup d’autres, comme disait Coluche : « A la naissance, tous les humains sont égaux. Après, chacun se dém… [débrouille]». Et certains - les niches ne sont pas faites que pour les chiens - semblent très bien se débrouiller. L’actualité nous en donne régulièrement des exemples.

Alors, l’égalité devant l’impôt existe-t-elle? Vaste débat… qui n’a pas fini de faire parler.

(1) 1 livre = 20 sols = 240 deniers. Une livre des années 1430/1450 correspondrait, aujourd’hui à environ 9 euros. Dans les mêmes années, un couvreur gagnait 2 sols par jour et une poule coûtait 1 sol et 2 deniers.
(2) Article XIII de la « Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen »

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« La propriété c’est le vol … »
Proudhon (1809 – 1865)


Si « la propriété c’est le vol », voler quelqu’un qui possède quelque chose ce n’est pas vraiment voler, ce n’est que récupérer une partie de ce que les possédants ont usurpé. Sans doute l’homme qui s’est présenté à la ferme de la Touche voulait-il rendre un hommage posthume au philosophe décédé au mois de janvier précédent en faisant sienne cette maxime.

Ce 31 mai 1865, C’était le mariage d’Eugénie Villain à Romilly. Aurélien Gouin, cultivateur à la Touche, y assistait, avec sa femme. Dans la journée, un homme demanda à parler au fermier. Apprenant par une servante restée à la ferme qu’il ne reviendrait que dans la soirée, l’homme dit qu’il repassera plus tard.

C’est ce qu’il fit lorsque tous les domestiques furent partis. Il attendait sans doute son heure, caché non loin de là.

Se sachant maintenant seul dans la ferme, il pénétra dans l’habitation par la porte de l’écurie, un bon coup de levier venant rapidement à bout de la serrure. Alors commença une inspection systématique de tous les meubles, de toutes les pièces. Notre voleur fit main basse sur une somme de 160F placée dans un tiroir mais curieusement, il dédaigna les montres et les bijoux placés sur la commode, sans doute trop compromettants, ce qui dénote un certain professionnalisme.

En fin d’après midi, en revenant de Romilly, Gouin aperçut un homme qui, manifestement, sortait de la ferme et crut reconnaître un de ses cousins. Il l’appela mais l’autre pressa le pas sans se retourner. En rentrant dans l’habitation, les propriétaires virent l’étendue du désastre : les portes étaient fracturées et le contenu des meubles éparpillé par terre.

Une inspection minutieuse permit de constater que le pire avait été évité. Une somme de 3 500F en or et billets, pourtant placée juste au-dessus du tiroir contenant les 160F, avait échappé à la fouille du voleur.
En remettant de l’ordre, on retrouva, sur le sol d’une des pièces d’habitation, un couteau et un mouchoir pourvu d’initiales mais, malgré ces indices, on ne retrouva jamais le voleur.

S’il a lu le journal quelques jours plus tard, il a dû s’en vouloir de ne pas avoir mieux fouillé les meubles. A moins qu’il n’ait pensé qu’en étant resté un peu plus longtemps, il aurait été pris la main dans le sac.
Echo dunois du 10 juin 1865

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Un voisinage douteux


Se débarrasser de ses déchets ménagers n’a pas toujours été un problème. Pendant longtemps, ils finissaient sur le tas de fumier de la ferme.

Dans les années cinquante, avec la consommation qui s’accroît, les ordures ménagères deviennent envahissantes. Désormais, il faut tenir compte de tous ces objets dont tous les ménages se dotent peu à peu et qui deviennent inutilisables plus ou moins rapidement.

A cette époque, dans toutes les communes, il y avait un dépotoir ou une décharge qui recevait pêle-mêle les casseroles percées, les huiles de vidange, les matelas, voire des choses plus encombrantes telles que les vélos et même les épaves de voitures. Les années passant, on y jeta les premières générations de machines à laver et de réfrigérateurs, ainsi que les appareils électriques de toutes sortes, puis tout ce qui était en matière plastique. Quand le dépotoir était plein, on recouvrait l’ensemble de terre et on cherchait un autre endroit, bien souvent une petite dépression naturelle ou une ancienne carrière. De préférence pas trop loin du village.

Au début des années soixante, à Romilly, le problème du dépotoir se posait quand une opportunité se présenta. Il s’agissait d’une petite parcelle de terre inculte située sur la route de Bredoulin à quelques centaines de mètres du bourg. Après quelques négociations, on fit affaire avec le propriétaire des lieux et l’achat fut entériné par le conseil municipal le 28 juin 1962 qui précisa, dans sa délibération, la vocation du terrain :
« Cette parcelle serait utile à la commune, notamment pour les deux usages suivants :
1- Dépôt communal d’immondices,
2- Terrain de stationnement des nomades. »

Ce terrain fut utilisé – pour les immondices, c’est sûr ; par les nomades, cela l’est moins - jusqu’à l’adhésion de la commune au SICTOM, au début des années 1980.

Personne ne s’offusqua, à l’époque, de cet étrange voisinage. Que des êtres humains, fussent-ils nomades, puissent vivre au milieu des immondices ne choquait personne, le principal étant que ces « voisins encombrants » et à la réputation sulfureuse soient placés le plus loin possible des « honnêtes gens ».

Aujourd’hui, une telle délibération ferait, à coup sûr, l’objet de vives polémiques.

Source : registre des comptes-rendus du conseil municipal

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Accident de train à Romilly : deux morts


La liaison, par chemin de fer, à partir de Châteaudun en direction de Blois était à l’ordre du jour depuis plusieurs années. En 1912, les travaux de construction de la ligne de tramway avançaient bon train. Cependant, il fallait alimenter le chantier en matériaux : ballast, traverses, rails, …

Le ballast était extrait près de Bouche d’Aigre sur la route de Cloyes. Et les autres matériels étaient livrés à la gare. Pour tout acheminer, on avait construit une voie ferrée provisoire pour une durée de seize mois entre Cloyes et La Ferté-Villeneuil. L’itinéraire obligé passait par Romilly à la Rivière, dans l’actuelle rue de la Butte, et par Saint-Calais. Le train effectuait plusieurs liaisons par jour. La voie avait été construite sur le côté de la route.

Tout se passait bien jusqu’à cette journée du 19 août. Les trains chargés gravissaient la pente de la rue de la Butte sans trop de difficultés. La locomotive à vapeur était pilotée par un machiniste expérimenté, âgé de 48 ans, assisté de son fils de 24 ans.

Ce jour-là, vers 15h 30, cinquante mètres après la bifurcation qui mène vers Saint-Calais, dans la montée, Pierre Sédillot, le machiniste, poussa la vapeur. Trop brutalement ? Sans doute. La locomotive s’est alors cabrée avant de se coucher sur le côté une vingtaine de mètres plus loin en travers de la route. Dans sa chute, une pièce servant à la prise de la vapeur s’est rompue et celle-ci s’est répandue tout autour.

Les deux malheureux machinistes étaient coincés dans ce qui restait de leur machine. Quand on réussit à les en sortir, ils étaient morts. D’après le médecin venu sur place, ils avaient été brûlés par la vapeur et asphyxiés par la fumée.

Le député d’Eure et Loir, Henri Mignot-Bozérian (1) avait demandé que cette ligne soit maintenue après les travaux. Cette demande fut refusée et au cours de l’année 1913, la ligne meurtrière fut démantelée.

(1) Ce député avait aussi été maire d’Autheuil.
Source : « Echo dunois » des dimanche 18 et jeudi 22 août 1912

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"La dame médecine"


Le 21 août 1728, c’était jour de marché à Cloyes. A son retour, une femme de Saint-Calais se trouva mal et tomba en léthargie non loin du Jonchet. Aussitôt, les domestiques secoururent la pauvre femme et l’emmenèrent auprès de Madame de Pleurre. Celle-ci avait auprès d’elle une dame Aubry venue lui rendre visite. Cette dernière se piquait de médecine. Sans être passée par la Faculté, elle avait appris à préparer des onguents pour soigner les plaies. Elle donnait même des ordonnances à certains malades. Elle prit donc, avec le consentement de Madame de Pleurre, les choses en main.

« Madame J’ordonne » (1) jugea fort opportun de faire venir le sieur Mothereau, chirurgien à Cloyes. S’ensuivit alors une querelle d’ « experts ». Le chirurgien préconisait d’administrer un émétique (2) avant de pratiquer une saignée alors que la Dame Aubry prétendait faire l’inverse. Chacun présenta ses arguments et l’on discuta fort et longtemps. Pendant ce temps, la malade agonisait à l’endroit où on l’avait déposée.

Une décision fut finalement prise et c’est « Madame J’ordonne » qui eut gain de cause : ainsi, le professionnel s’inclinait devant l’amatrice. On pratiqua alors la saignée, laquelle ne donna que quelques gouttes de sang qui coulèrent sur le bras.

Puis, on prépara l’émétique que l’on essaya de faire boire à la patiente. Il fallut lui ouvrir la bouche de force tant ses mâchoires étaient serrées. Enfin, on réussit à faire couler le liquide dans le gosier et quelques secondes plus tard, la pauvre femme expirait. Le liquide avait-il pris le mauvais conduit ? Avait-on trop tardé ?

Après cet exploit déplorable, le brave chirurgien rentra à Cloyes et les deux femmes, pourtant pétries de charité chrétienne, « retournèrent à leurs travaux de fil, de laine et de soie » (1) sans plus se soucier de ce qu’il convenait de faire pour la défunte.

(1) L’expression est de l’abbé Boisgasnier
(2) Un émétique est un vomitif
D’après les mémoires de l’abbé Boisgasnier

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"Jésus est mort"


C’est le titre d’un petit article paru dans « Le Patriote de Châteaudun » du 6 novembre 1938. C’est le facteur qui a trouvé le cadavre, lors de sa tournée du 3 novembre, dans la maison que l’homme occupait à la Rivière. D’après le médecin venu constater le décès, il était mort depuis une quinzaine de jours, probablement empoisonné par des champignons. C’est la fin, à 41 ans, pour « Jésus », d’une triste vie loin d’être exemplaire.

« Jésus », de son vrai nom Léon Hallier était un journalier qui se louait chez l’un ou chez l’autre au hasard des travaux de la ferme. Il était marié à Suzanne Rocton, plus jeune que lui de sept ans et avait cinq enfants. Son penchant plus qu’appuyé pour la boisson occasionna à la famille bien des déboires et causa sans doute sa perte. Nous mentionnons ici, quelques-uns des « exploits » de « Jésus » qui ont été relatés dans les journaux.

En août 1934, sa femme porte plainte contre lui. Il réclame de l’argent pour aller boire : elle refuse. Alors, il la brutalise et profère même des menaces de mort. La femme se réfugie chez une tante avec ses cinq enfants.

Décembre 1935 : une arrestation pour ivresse en récidive lui vaut 2 mois de prison. Faisant opposition, il est libéré et doit se présenter devant le tribunal de Chartres.

Décembre 1936 : nouvelle arrestation pour ivresse en récidive. En plus de 2 mois de prison, il écope d’une amende de 200F.

Août 1937 : on lui dresse un procès-verbal pour ivresse sur la voie publique.

Août 1938 : il est inculpé de vol et de recel. Il s’était acoquiné avec un couple peu recommandable. La femme, Marie Bénard, s’était spécialisée dans le vol de poules et d’oeufs dans les fermes des alentours. Tout le monde se retrouvait chez Hallier pour déguster le fruit des rapines.

L’histoire de « Jésus » pour extrême qu’elle soit n’est pas un cas unique. Chaque village avait son ou ses poivrots notoires. En parcourant les journaux de l’époque, on est étonné du nombre d’articles qui sont consacrés à des cas d’ivresse sur la voie publique.
 
Alors, les gens de l’époque étaient-ils plus ivrognes que maintenant ? Ou est-ce que les journalistes ont des sujets d’articles plus intéressants à proposer à leurs lecteurs (les accidents de la route par exemple) ? A chacun son opinion…

Sources : journal « Le Patriote de Châteaudun »

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Affaire de moeurs ?

 

Le 29 octobre 1707, se tient une assemblée extraordinaire au presbytère de Romilly. Il y a là quatre personnes : le sieur Gigou curé d’ouzouer le Doyen, le sieur Escureuil curé de Romilly, le sieur Chéreau curé de la paroisse Saint-Martin de la Ferté Villeneuil et le sieur Rougeoreille administrateur de l’hôtel-Dieu, lequel était depuis quelques années à Romilly dans les tourelles et au-dessus du porche de l’église.Car l’affaire est grave.
 
Il s’agit de régler un différend entre le curé Chéreau et Rougeoreille, les deux autres curés ayant accepté de tenir le rôle de juges. Plutôt que s’en remettre à la justice séculière – il vaut mieux laver son linge sale en famille - les parties avaient opté pour la solution de l’arbitrage. Les deux protagonistes avaient une forte personnalité. L’un, le curé de Saint-Martin, bien que conciliant et désintéressé, était un homme qui ne transigeait pas avec certains principes, en particulier ceux qui touchaient à sa personne et à son sacerdoce. L’autre, Rougeoreille, était plutôt du genre irascible et avait un langage assez imagé. L’un et l’autre devaient se côtoyer régulièrement pour régler les problèmes d’administration de l’hôtel-Dieu et les sujets de conflit ne devaient pas manquer.
 
Nous ne connaissons pas la teneur des discussions qui eurent lieu dans le presbytère, ni si elles furent houleuses. En revanche, nous avons des informations au sujet du verdict rendu : le sieur Rougeoreille fut condamné à payer 12 livres de principal et deux cierges chacun d’une demi-livre de cire blanche.
 
Mais, qu’avait donc fait le sieur Rougeoreille de si grave ? Il avait, à plusieurs reprises et, circonstance aggravante, devant témoins, traité le sieur Chéreau de « bougre de curé ».L’insulte nous paraît bénigne aujourd’hui mais elle prend une tout autre dimension quand on sait qu’au XVIIIème siècle bougre était synonyme de pédéraste et de sodomite.On comprend ainsi mieux pourquoi le brave curé Chéreau a préféré l’arbitrage confidentiel au procès public.
 
Source : Abbé AUGIS « Essai historique sur la ville et châtellenie de la Ferté Villeneuil » 1902

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Quand la nature se déchaîne


Nous sommes le 30 juin1895, un dimanche. Comme souvent à cette époque de l’année il fait chaud, très chaud, même. Mais, ce jour-là, la chaleur est lourde, poisseuse, annonciatrice d’orage. La journée s’écoule néanmoins normalement jusque dans le milieu de l’après-midi. Le ciel s’assombrit alors peu à peu, les nuages bourgeonnent et gonflent. Bientôt, ce sont d’énormes masses noires qui envahissent le ciel. C’est sûr, l’orage arrive.

Sans prévenir, vers 17h, tous les éléments se déchaînent : ce n’est plus un orage mais un véritable cyclone. Les rafales de vent, les trombes d’eau, les grêlons et la foudre qui s’abattra une vingtaine de fois, rien qu’à Saint-Calais d’où tout semble être parti, balaient tout sur leur passage.

Dix minutes plus tard, tout est terminé. Quand les habitants sortent de leurs abris, c’est un véritable spectacle de désolation qu’ils observent. Partout, les céréales sont moissonnées et les vignes (il en existait encore à Romilly à l’époque) sont vendangées. Les arbres sont arrachés ou cassés. Les clôtures sont couchées. De nombreuses toitures se sont envolées et sont retombées plus loin, dans les jardins ou dans les cours.

Pire, un homme est mort à Saint-Calais : il s’agit de Maximilien Païsan (49 ans). Il s’était réfugié, à la ferme « Levassor », dans une grange. Il a été retrouvé enseveli sous les murs effondrés du bâtiment dont il ne reste que les pignons. Dans cette même ferme, les toitures de la bergerie, de l’étable et d’un hangar se sont effondrées sur les animaux et sur le matériel agricole.
Rien que dans cette ferme, les dégâts sont estimés à plus de 10 000 Francs et pour l’ensemble de la commune, il faut compter près de 150 000 Francs.

Cette catastrophe ne s’est pas cantonnée à Romilly. Le cyclone a ensuite progressé vers La Ferté Villeneuil et Charray en occasionnant le même genre de dégâts avant de s’enfoncer en Beauce où il finit par s’épuiser.

Un tel phénomène, heureusement, reste exceptionnel mais la probabilité pour qu’il se reproduise, un jour, n’est pas nulle. Le réchauffement climatique que nous vivons actuellement risque fort d'augmenter la fréquence de ce genre d'événement.

Source: Le Patriote 04/07/1895et L’Echo dunois 04/07/1895 et 07/07/1895
 

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Devoir de mémoire


Crowes R.F., Reynolds T.G.L., Houghton E.G.; Harrisson E.H., Tipping G.,
Whecler G. W., Whitting G. W., Guy J.P.

Ces huit jeunes hommes sont morts dans la nuit du 24 au 25 juillet 1944. Ils composaient l’équipage d’un Lancaster qui s’est écrasé à Mottereau (1) après avoir été touché par la flak, la défense anti-aérienne allemande.

Le Lancaster était un quadrimoteur de construction britannique qui pouvait emporter jusqu’à 8 tonnes de bombes. Ses missions en France étaient de détruire, de nuit, les infrastructures susceptibles de servir l’armée allemande – gares, ponts, dépôts, usines, …

Ainsi que des dizaines de milliers d’autres, ils ont laissé leur vie sur le sol de France – pays que bien peu d’entre eux connaissaient vraiment – au nom d’un idéal encore aujourd’hui souvent remis en cause : celui de la liberté.

En mémoire de leur sacrifice, il a été décidé en mai 1946 d’ériger un monument à l’endroit où ils avaient été enterrés par les Allemands (les corps avaient été rapatriés, entre temps, dans un cimetière militaire de Normandie). Le devis, d’un montant de 15 200F, auquel il convenait d’ajouter 6F par lettre gravée, fut accepté en septembre 1947. Terminé en décembre de la même année, le monument fut inauguré le 8 mai 1948.

Depuis, chaque 8 mai, une cérémonie est organisée devant ce monument pour leur rendre hommage et, à travers eux, à tous ceux, quelle que soit leur nationalité, leur religion, leur couleur, qui sont morts en France, en Europe ou ailleurs pour que cesse l’oppression et la barbarie. Cinquante millions d’hommes et de femmes, civils et militaires confondus, ont payé le prix de ce combat.

Il reste peu de personnes, à Romilly et à Saint-Calais, ayant vécu cette nuit tragique. Elles se la rappellent encore avec émotion et acceptent d’en parler avec pudeur. Il est encore temps de recueillir leur témoignage. Celui-ci pourrait inciter tous ceux qui n’ont pas connu cette période, et surtout les jeunes, à honorer la mémoire de ces soldats.

Les trois kilomètres séparant le village du monument ne devraient pas être mis en balance avec ce que nous devons à ces hommes.

(1) Mottereau est situé sur la butte qui surplombe la route de la Ferté Villeneuil , à environ trois kilomètres de Romilly à la sortie de Saint-Calais. Le monument, lui, est en face, en contrebas de la route, à gauche, en bordure d’une peupleraie. 

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Des extraterrestres à l’église

 

C’est ce qui m’a été raconté il y a quelques années. Cet événement extraordinaire (l’arrivée de personnages venus des confins de l’espace) s’est produit il y a fort longtemps, non pas à Romilly mais quelque part sur terre, et est relaté dans la peinture sur le cul-de-four du chœur de l’église. Aux dires de mon interlocuteur, il existe, ailleurs en Europe, et en France même, d’autres représentations de ce même événement.
 
Alors, que voit-on sur cette peinture?
 
Des éclairs dirigés vers le sol qui sont les jets de lumière et de feu d’un vaisseau spatial qui se pose.
 
Ces éclairs sont surmontés d’une silhouette qui évoque une espèce de cône. C’est l’engin spatial lui-même, lequel ressemble étrangement aux capsules russes et américaines du début de la conquête spatiale. Il est piloté par le personnage masqué par les poutres.
 
Deux anges qui sont les extraterrestres ayant apporté la vie (ou la connaissance ?) sur terre. Telle est l’interprétation qu’il m’a été donné d’entendre au sujet de cette scène.
cul_de_four
Je pense que les esprits sains auront compris que tout ceci n’est que pure affabulation et ne peut qu’émaner d’un cerveau un peu perturbé par la lecture d’ouvrages pseudo-scientifiques.
 
Le thème de cette peinture n’est que biblique et n’a aucun rapport avec de quelconques extraterrestres.
 
L’existence même d’une vie extraterrestre, quelle qu’en soit la forme, est sujette à conjectures chez les scientifiques. Les découvertes récentes de planètes autour de certaines étoiles n’ont pas permis, à ce jour, d’en identifier, formellement, de semblables à la Terre. Un jour prochain ce sera probablement fait. Et si l’on peut déceler des traces de vie – mais quelle vie ? - sur ces exo-planètes, il est fort douteux, étant données les distances en jeu, qu’un contact puisse jamais avoir lieu.
 
En attendant ce jour, plus qu’improbable, contentons-nous de jouir de notre belle Terre et surtout… surtout, conservons-la accueillante et habitable. Quoi qu’en disent certains - dont probablement mon interlocuteur - il ne faut attendre aucun secours extérieur et gardons bien à l’esprit qu’il n’y a aucune Terre de rechange…
 
 
 

Du rififi chez les pompiers

 

 

Cet événement s’est passé en 1859. A cette époque, les incendies étaient assez fréquents. Les aliments pour le feu ne manquaient pas : la paille, le foin, les toitures dont certaines étaient encore en chaume ou en roseau sans oublier l’éclairage à la bougie ou à la lampe à huile. Tous ces ingrédients faisaient que les pompiers étaient bien plus sollicités que maintenant.
 
Le 17 août de cette année-là, le feu se déclara chez Alphonse Ledon, pêcheur à la Rochette, vers 5 heures du soir. Rapidement les pompiers arrivèrent sur place. L’ampleur du sinistre les obligea à travailler pendant près de vingt heures. Le Maire, « maître Gouin », avait décidé, dans la soirée, de laisser sur place six pompiers en leur promettant une gratification de deux Francs chacun. Les pompiers furent relevés le lendemain matin et les remplaçants restèrent jusque vers midi.
 
Personne n’entendit plus parler de la fameuse gratification jusqu’à la Sainte-Barbe suivante, mais les six pompiers n’avaient pas oublié. Aussi, quand le Maire décida de partager la somme octroyée par la société d ‘assurance (vingt Francs) après avoir prélevé la part promise aux six pompiers, les autres - ceux qui avaient assuré la permanence du matin - ne l’entendirent pas de cette oreille. Ils réclamèrent, à juste titre, nous semble-t-il, leur part de la gratification.
 
S’ensuivirent quelques échanges verbaux assez violents que le responsable du corps des sapeurs-pompiers eut bien du mal à réprimer. On peut supposer que les propos furent peu amènes et que les noms d’oiseaux volèrent bas. Finalement, tout rentra dans l’ordre quand ceux des pompiers qui avaient déjà reçu leurs deux Francs décidèrent de les remettre dans le pot commun.

 

Avec ces vingt Francs qui avaient exacerbé les passions pendant quelque temps on décida, à l’unanimité, de financer le repas de la Sainte-Barbe.
 
La polémique avait, entre-temps, changé de cible. La rumeur alléguait que le dénommé Alphonse Ledon, qui venait de faire réévaluer son contrat d’assurance avait lui-même provoqué l’incendie pour être mieux indemnisé. Mais rien n’a jamais pu être prouvé.
 
Nous ne savons pas si les pompiers alimentèrent ou non la rumeur. Ils étaient sans doute trop contents de ripailler aux frais de l’assureur qui, lui-même, a dû se réjouir, grâce à leur intervention efficace, de ne pas indemniser trop chèrement son client.
 
 
 

"Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom!"

(Madame Roland sur l’échafaud en octobre 1793)

 

 

Février 1848 : Louis Philippe 1er abdique. La Deuxième république remplace la monarchie de juillet. Au cours du printemps qui suit, partout dans le pays, avec plus ou moins d’enthousiasme, on plante un arbre de la Liberté. Le plus souvent, ce sont des peupliers qui sont utilisés. Un calembour : « le peuple lié » a circulé. Il était issu du peuple même qui voulait par là montrer qu’il était bien décidé à prendre son destin en main et qu’il en était terminé de l’oppression.
 
Romilly ne faillit pas à la règle. Le village va ainsi avoir son arbre de la Liberté.
 
Cet arbre est fourni par le comte de Tarragon et on le plante, en grande cérémonie, au milieu de la place, sur le site de l’ancien cimetière déplacé une dizaine d’années plus tôt (c’est l’actuelle place des Marronniers).
 
C’est alors, qu’intervient un certain Common “ même pas originaire de la commune ”. L’homme est connu dans le canton comme étant particulièrement irascible et de mauvaise foi. Il commence à ameuter la foule aux motifs que l’arbre est trop petit, qu’il est mal formé, qu’on se moque du peuple, que " ça ne va pas se passer comme ça"
 
Personne ne fait vraiment attention aux imprécations du quidam. A tort, car l’homme a de la suite dans les idées. Muni du matériel adéquat, il ne fait rien moins qu’arracher l’arbre et le débiter en menus morceaux.
 
Cet arbre fut remplacé, un peu plus tard, par un beau sapin touffu qui ne vécut guère plus longtemps que les libertés, avec l'arrivée du second Empire en 1851. Il avait été planté par deux jeunes ouvriers un peu bambocheurs et farceurs. Ceux-ci avaient accroché, dans les branches, une affiche sur laquelle on pouvait lire: "Le public est prévenu que c'est les sieurs Baltéré et Léchontout (*) qui ont planté cet arbre et que ceux qui lui toucheront auront affaire à nous.  (sic)"
 
Quant à Common, pour son exploit en complète contradiction avec les idées qu’il voulait défendre, il connut un moment les joies de la prison. Il s’exila ensuite à Paris, avec femme et enfants, où il eut probablement l’occasion de mettre en pratique sa curieuse conception de la liberté.
 
(*) Baltéré et Léchontout sont des surnoms de cabaret, lieu que ces deux plaisantins fréquentaient d'une manière assez assidue.

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Magouille pour la Mairie ?

 
La guerre franco-prussienne et les errements diplomatiques et stratégiques de Napoléon III, ont mis fin au Second Empire. L’Assemblée Nationale, élue en février, est chargée de mettre en place de nouvelles institutions démocratiques et décide de procéder à un renouvellement de toutes les instances élues.
 
Les élections municipales sont prévues le 30 avril 1871 et, s’il est nécessaire de recourir à un second tour, le 7 mai suivant. Georges de Tarragon, conseiller sortant, se présente.
 
Les résultats, au soir du premier tour, apportent quelques surprises.
 
1-    Seuls trois conseillers, sur douze que doit compter l’assemblée communale, sont élus. Dans le compte-rendu, on dénombre 25 personnes qui ont obtenu des voix, encore s’arrête-t-on à trente et une (voix) parce qu’on arrive au bas de la feuille du procès-verbal. Il convient donc de procéder à un second tour.
2-    Georges de Tarragon n’arrive qu’en neuvième position (53 voix pour une majorité absolue de 60).
 
Quinze jours plus tard, les électeurs se présentent de nouveau devant l’urne. Et là, nouvelle surprise : Georges de Tarragon arrive en dixième position. Il n’est donc pas élu.
 
Mais alors, qui sera maire à la suite de Pierre Daguet élu en 1870 et victime innocente de la guerre franco-prussienne ainsi que des bouleversements politiques qui s’ensuivent ? Succédera-t-il à lui-même, élu en deuxième position au premier tour ?
 
NON. Ce sera… Georges de Tarragon.
 
Comment expliquer un tel tour de passe-passe ?
 
Fort opportunément, dans la semaine qui suit les élections, la Préfecture reçoit la démission de deux élus, pourtant candidats (Les archives communales ne détiennent pas les raisons qui ont poussé ces deux hommes à faire un tel choix). Le Préfet prend acte et convoque les électeurs le  28 mai, afin de pourvoir aux deux sièges désormais vacants, l’élection du maire ne pouvant se faire qu’avec une assemblée communale complète.
 
Au soir de cette élection partielle qui n’a pas vraiment déplacé les foules (96 électeurs sur 171 inscrits ont voté, à comparer avec les 119 votants du 1er tour), deux noms sortent de l’urne : Georges de Tarragon et Lubin Pinet.
 
Dans les jours qui suivent, on élit le maire et l’adjoint et … c’est à Georges de Tarragon qu’on confie le poste de Maire.
 
Etonnant, Non ?

 

Sources : archives municipales (Procès-verbaux des élections)

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Arrêté municipal du 20 décembre ….

 

Article 1 : Les cabaretiers, cafetiers, billards ou autres lieux publics ne pourront être ouverts avant six heures du matin à partir du 1er novembre jusqu’au 31 mars et avant cinq heures du matin du 1er avril au 31 octobre.
Ils devront être fermés à dix heures du soir toute l’année ou pendant le temps de l’office divin les dimanches ou fêtes reconnues.

Article 2 : Il est expressément enjoint à toute personne de sortir des cabarets, cafés ou billards aux mêmes heures.

Article 3 : Défense est faite de tenir ou de souffrir qu’il soit tenu, dans les lieux ci-dessus désignés, aucun jeu de hasard.
Toute personne qui désire tenir un cabaret, café ou autre établissement du même genre, devra en faire la déclaration à la Mairie, en désigner le lieu où elle compte placer son établissement.
Pareille déclaration devra être faite en cas de changement de domicile.

Article 4 : Défense est faite à tous cabaretiers, cafetiers de recevoir chez eux aucune femme de mauvaise vie, de mendiants ou de gens sans aveu.
Ils ne pourront retenir aucune personne faute de payement ou ne pourront lui prendre en nantissement quelques de ses effets ou habillement, l’action civile étant juste réservée à cette circonstance.

Article 5 : De fréquentes visites seront faites dans les cabarets, cafés ou autres établissements publics tant par nous que par notre adjoint, à l’effet de constater, par des procès-verbaux, les contraventions qui pourraient s’y commettre.

Rassurez-vous, votre Maire n’a pas perdu la tête. Cet arrêté date de 1843.

A cette époque, on comptait plusieurs cafés ou cabarets. Au fil des décennies, ils ont tous fermés malgré une clientèle, toujours renouvelée, d’abonnés fidèles et d’intempérants notoires.
S’il y eut des « femmes de mauvaise vie » à Romilly, le registre du recensement de 1836 n’en fait pas mention. Ces charmantes dames ont dû déclarer un métier plus avouable, à moins qu’elles n’aient pas été originaires de la commune.

Ajoutons que la demande suscitant l’offre, ces femmes étaient là parce que, dans la gent masculine, mariée ou non, il se trouvait évidemment des amateurs. Les unes et les autres devaient se retrouver en des lieux dont les noms en disent long sur leur vocation : « Trousse-Putain », « la Remise des Demoiselles ». Aujourd’hui, ces lieux au passé sulfureux ne sont plus que des noms sur le cadastre et les « femmes de mauvaise vie » se sont mises au goût du jour, certaines appâtent même via l’internet.

A notre connaissance, cet arrêté n’a jamais été abrogé. Ses dispositions, bien que désuètes, seraient donc toujours en vigueur. Qu’on se le dise…

Source : archives communales

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L’union fait la force

Face à face, un petit animal et une grosse machine. Le petit animal est une frêle chenille, la grosse machine le train Paris Tours. A priori, rien ne prédispose ces deux-là à se confronter. Et pourtant…Il arrive que la petite chenille, quand les conditions climatiques sont favorables, se joigne à d’autres, puis à d’autres, puis à d’autres. Ces chenilles forment alors une véritable armée qui se déplace à la recherche de nourriture, mais pas n’importe laquelle, chaque espèce, en effet, ne mange qu’une seule plante. Elles dévorent alors tout ce qui est à leur convenance sur leur passage.
 
Ainsi, les petites chenilles partent à la recherche de nourriture et dieu sait si elles en ont besoin pour assouvir leur soif de croissance et devenir, le plus rapidement possible, papillon. Car le temps est compté, la belle saison est si courte.Sur leur itinéraire chaotique se trouve la voie ferrée qu’elles entreprennent de franchir. Le moment est mal choisi car c’est l’heure du passage du train qui fonce dans cette masse grouillante. Le machiniste pensait sans doute que la traverser ne serait qu’une formalité. Il se trompait. La locomotive commence alors à patiner dans un magma gluant de chenilles écrasées pour finir par s’immobiliser définitivement. Plus moyen, ni d’avancer, ni de reculer. Il ne fallut pas moins de vingt-cinq minutes pour dégager la voie (l’histoire ne dit pas comment mais on peut penser que ce ne fut pas un travail très agréable) avant que le train ne puisse repartir.
 
On aurait pu aussi intituler cette histoire « David contre Goliath ».Cela se passait en juin 1868, à une époque où le train brinquebalait à des vitesses proches de celles des scooters actuels, non débridés bien sûr.Une telle invasion de chenilles s’était déjà produite à Romilly, en 1731. Les bestioles investirent évidemment les vergers où elles délestèrent les arbres de toutes leurs feuilles, mais aussi les maisons du village d’où elles chassèrent nombre d’habitants.L’année suivante, on organisa une véritable chasse aux oeufs sur les feuilles des arbres. Tous les habitants du village durent s’y soumettre sous peine d’amende. La méthode, alliée sans doute à une météorologie moins favorable, semble avoir été efficace puisqu’on n’entendit plus parler d’invasion de chenilles pendant plus d’un siècle.

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« Le mariage, c’est la corne d’abondance …
ou l’abondance de cornes »
(Frédéric Dard)

C’est au deuxième terme de l’alternative qu’eut à faire face Louise Salmon. C’était une petite femme « richement laide » (1) au contraire de Marie Brûlard qui, en plus d’être une voisine assez jolie, avait le mérite d’être veuve. Le mari de la première, François Beaugendre, compatit à la peine de la seconde et la consola efficacement. Et, ce qui devait arriver arriva : Marie Brûlard se retrouva grosse.Le pays jasait (« on ne badine pas avec l’amour » illégitime à cette époque : nous sommes dans les années 1720) si bien que « le Beaugendre délogea une nuit avec sa drôline » (1) , laissant sur place femme légitime et enfants.
La femme Brûlard accoucha à Mézangé et le curé du lieu, abusé par le couple, baptisa l’enfant comme issu d’une union légitime (l’état civil n’existait pas à l’époque), à la grande colère de l’abbé Boisgasnier qui, au fait de la situation n’avait pas été contacté avant le baptême par son collègue.
Un peu plus tard, les amants revinrent à Romilly et reprirent, l’un sa place dans le ménage, l’autre dans son lit de veuve. Pas pour longtemps.Malgré la discrétion dont ils faisaient preuve, tout le village savait, ainsi que le curé, que les relations coupables avaient repris. L’enfant du péché ne vécut pas longtemps, faute de soins disait la rumeur.Le curé ne tolérait plus, presque sous ses yeux, ce libertinage (on peut penser, d’après la description des lieux qui en est faite, que la maison se situait dans ce qui est aujourd’hui la rue des Vallées). Il menaça de saisir la justice séculière.
Le couple prit alors une nouvelle fois la fuite et s’installa dans la région de Vendôme où la veuve Brûlard décéda peu de temps après. Beaugendre, désormais seul, regagna son foyer et retrouva femme et enfants, lesquels vivaient dans le plus profond dénuement.L’histoire ne dit pas s’il y eut une autre veuve à consoler. Ce dont on est sûr, c’est que le ménage ne put jamais sortir de la misère dans laquelle l’avait plongé le mari volage. Bien qu’il fût un journalier courageux, on ne devait pas se presser pour employer un homme au passé si sulfureux.

(1) Les expressions en italique sont de l’abbé Boisganier.
Source : ouvrage de l’abbé Boisganier

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Oh les vilains mots !

 

 
Nous sommes le 30 septembre 1967. Le conseil municipal se réunit dans la petite salle de la Mairie. A l’ordre du jour, entre autres sujets, est soulevé le problème de la dénomination de certains lieudits de la commune. Le Maire propose à l’assemblée de changer deux noms qui figurent depuis des lustres sur le registre du cadastre. Ces deux noms de lieudits n’avaient jamais fait débat jusqu’alors et les agriculteurs qui exploitaient les terres à ces endroits s’en accommodaient fort bien.
 
Après quelques discussions, le projet est adopté. Ainsi, le lieudit « Trousse-Putain » s’appellera désormais « le Coteau » et « Cul percé » deviendra « le Paradis ». Une délibération est prise en ce sens et soumise, c’est la règle à l’époque, au contrôle du Préfet avant de devenir exécutoire.
 
La réponse du représentant de l’Etat, datée du 23 février 1968, arrive à la Mairie avec un avis négatif appuyé sur trois arguments.
1-« La dénomination des lieudits relève des usages et du droit coutumier. »
2-« Les mots incriminés figurent dans le dictionnaire de l’Académie française. »
3-« Ils n’apparaissent pas sur la voie publique mais seulement sur le registre du cadastre. »
 
Le Préfet conclut ainsi : « Il ne me semble pas nécessaire de les changer. »
Ainsi, issus d’une tradition séculaire, Trousse-Putain et Cul percé ont toujours l’honneur de figurer sur le cadastre. C’est aussi bien, ces noms appartiennent au patrimoine communal. D’autant que, si le projet avait abouti, le Paradis aurait côtoyé l’Enfer (autre lieudit). Il n’aurait plus manqué - mais où dans la commune ? que le purgatoire.
 
Source: registre des comptes rendus des réunions du conseil municipal
 
 
 
 

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